La couleur sans éloquence
(à propos des oeuvres récentes d'André-Pierre Arnal)
36 pages
Editions Encre et lumière
30260 Cannes et Clairan

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Extrait
: « A l’âge classique, Roger De Piles, connaisseur influent, pouvait
traiter de “l’ordre qu’il faut tenir dans l’étude de la peinture” et
définir une “idée du peintre parfait”. En l’occurrence, le peintre le
plus doué pour respecter l’ordre de son art, c’était Rubens. Pour Roger
De Piles, la peinture devait combiner “le dessein, la composition et le
coloris”. Je m’arrêterai sur ce dernier terme pour faire comprendre
tout ce qui nous sépare des classiques.
Le coloris, disait De Piles,
“comprend deux choses, la couleur locale et le clair-obscur”, lui-même
défini comme “l’art de distribuer avantageusement les lumières et les
ombres”. C’est là, ajoutait notre auteur, “le plus grand moyen dont le
peintre se puisse prévaloir pour donner de la force à ses ouvrages et
pour rendre ses objets sensibles tant en général qu’en particulier”.
Par ses capacités en matière de coloris, le peintCes propos relèvent de
la théorie dite “coloriste” et toute la théorie classique de la
peinture ne tient pas dans cette théorie. Dès leur publication, les
thèses de Roger De Piles ont été discutées. Mais ce n’est pas ― même si
j’ai l’intention de parler encore du coloris ― ce qui me semble le plus
remarquable. Dans le débat d’époque, quelque chose met tout le monde
d’accord, et De Piles le dit ici en passant : c’est que, par son génie,
en l’occurrence génie du clair-obscur, le peintre n’est pas un artisan.
Au contraire ― prenons la formule de De Piles en un sens absolu ― le
peintre se distingue. Ce qu’il cherche, c’est à faire passer la
peinture pour un art des figures, comme la poésie. Mais la figure, à
cette époque, c’est une notion centrale de la rhétorique. L’enjeu,
c’est la puissance de conviction, ou de séduction, des allégories. A
cette puissance la peinture, telle qu’elle est alors conçue, veut
appartenir. Se plaçant sous l’autorité supposée d’Aristote, Roger De
Piles va jusqu’à penser que les peintres peuvent nous “enseigner à
former nos moeurs par une méthode plus courte et plus efficace que
celle des philosophes”.
Cela devrait nous sembler étrange.
Aujourd’hui, la peinture se distingue plutôt par son silence. Elle a
gagné en discrétion. Et pris une tournure artisanale, “mécanique” si
l’on veut un instant revenir au sens que pouvait encore prendre le
terme à l’époque. Aussi paradoxal que cela puisse sembler, nous ne nous
en plaindrons pas. Car dans la modestie du style et l’abandon des
artifices du clair-obscur, une qualité s’est libérée : celle du commun.
En outre, le mécanique dont il peut être question en peinture n’a pas
nécessairement atteint le stade de ce que nous pourrions dire
aujourd’hui “machinal”. Le mécanique, dans un art revenu du discours,
c’est une certaine façon de s’abandonner au geste (...) »re “se distinguait des
artisans”, lesquels pouvaient aussi bien que lui posséder “les mesures
et les proportions”, c’est-à-dire le dessin. (...) »
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